La circulation de l’information est au cœur de nos sociétés modernes. Pourtant, jamais elle n’a été autant menacée par des pratiques de manipulation. Les fake news et les deepfakes sont devenus les symboles d’une ère où la vérité se brouille et où l’opinion publique peut être orientée par des contenus trompeurs. Si les rumeurs ont toujours existé, qu’on les appelle Gongossa au Congo, Gbèrè ou Kpakpatoya en Côte d’Ivoire, elles trouvent aujourd’hui une puissance nouvelle grâce aux technologies numériques et aux réseaux sociaux. Dans ces lignes, examinons ce duo devenu un cocktail explosif, menaçant l’information et la démocratie.
Fake news et deepfake : deux visages d’une même tromperie
Les fake news sont des informations fausses, mais présentées comme vraies, avec une intention claire de tromper. Ce phénomène est ancien : dès la fin du XIXᵉ siècle, certains journaux inventaient des histoires pour vendre davantage ou pour attiser des hostilités envers des minorités. Plus récemment, des événements majeurs comme le Brexit ou l’élection de Donald Trump ont popularisé le terme, les réseaux sociaux servant de caisse de résonance. En 2024, 70 % des Français déclaraient s’être déjà fait piéger par une fake news, preuve de leur efficacité.
Les deepfakes, eux, sont le fruit des avancées en intelligence artificielle. Grâce au deep learning, il est possible de créer des vidéos ou audio hyperréalistes où une personne semble dire ou faire quelque chose qu’elle n’a jamais faite. Si l’on se rappelle encore, la vidéo virale « You won’t believe what Obama says in this video » en est une illustration : Barack Obama y apparait insultant son successeur, avant qu’un démenti ne révèle qu’il s’agissait d’un montage. Cet exemple a montré au public les dangers de ces manipulations qui exploitent les progrès techniques.
De ces deux définitions, la distinction est donc nette : la fake news est un mensonge narratif, alors que le deepfake est un mensonge incarné dans l’image et le son.
L’efficacité redoutable de leur combinaison
Lorsqu’elles s’associent, les fake news et les deepfakes ne se contentent pas de tromper : elles créent un système de persuasion quasi inattaquable. En effet, la fake news fournit le récit, tandis que le deepfake en constitue la preuve visuelle ou sonore.
Cette complémentarité renforce la crédibilité du mensonge et rend la réfutation beaucoup plus difficile. D’un point de vue psychologique, et ce, selon Julien Nelson dans « Fake news et deepfakes : une approche cyber-psychologique », cette combinaison exploite deux biais cognitifs puissants :
- Le biais de confirmation : les individus ont tendance à croire les informations qui confortent leurs opinions préexistantes. Une vidéo truquée qui illustre une rumeur déjà entendue agit comme un sceau de vérité.
- Le biais de l’évidence visuelle : “ce que je vois est vrai”. L’image ou la vidéo possède une force de conviction supérieure au texte. Ainsi, un deepfake associé à une fake news agit comme une preuve irréfutable aux yeux du spectateur.
Sur le plan social, cette synergie s’inscrit dans la logique du gbèrè. Ces pratiques de colportage, jadis limitées à un cercle restreint, trouvent aujourd’hui une caisse de résonance mondiale grâce aux réseaux sociaux. Une rumeur qui aurait autrefois circulé dans un quartier peut désormais toucher des millions de personnes en quelques heures, amplifiée par des contenus visuels falsifiés.
Les exemples récents sont parlants. L’image virale montrant le président Alassane Ouattara prétendument hospitalisé illustre cette dynamique : une simple photo truquée, relayée massivement, a suffi à alimenter des spéculations sur sa santé et à semer le doute dans l’opinion publique.
Rappel du cadre règlementaire
Dans ces cas et on le voit bien, la fake news devient donc, la main qui fournit le récit, et le deepfake lui donne une matérialité trompeuse. Ce faisant, cette combinaison devient une menace directe pour la démocratie, car elle peut influencer des votes, fragiliser la confiance dans les institutions et polariser davantage les sociétés.
Hélas, l’on s’en rend compte peut-être trop tard, que l’efficacité de ce duo repose sur sa capacité à manipuler simultanément l’émotion et la raison, en exploitant la rapidité de diffusion des réseaux sociaux et la difficulté pour les citoyens de distinguer le vrai du faux. Face à ce poison mortel de l’information, la vigilance des internautes est indispensable : chacun doit vérifier ses sources et résister au congossa numérique.
Mais au-delà de la responsabilité citoyenne, la loi ivoirienne encadre strictement ces dérives. La loi n°2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité, et notamment son article 65, sanctionne la diffusion de fausses informations par des amendes allant de 1 à 5 millions de francs CFA. La PLCC, bras armé (Plateforme de Lutte contre la Cybercriminalité) veille à l’application de ces dispositions. Ainsi, la lutte contre les fake news et les deepfakes doit reposer sur un double front : la vigilance critique des internautes et la rigueur de la loi. C’est à ce prix que nous pourrons préserver la vérité et protéger nos démocraties.




